De la religion, du golf et du yoga. Le Lundi 12 avril 2010

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Par Sylvie St-Jacques


Je lis parfois (même souvent) le cahier Affaires. Et encore plus, depuis que mon ancienne collègue des Arts et Spectacles Isabelle Massé y écrit. Aujourd’hui, Isabelle nous explique que le yoga est une forme de “réseautage” des plus prisées chez les jeunes femmes d’affaires.


Si j’ai sursauté, en apercevant cette photo de ces yoginis sagement assises en lotus, les yeux fermés et en position de prière, entre un article sur d’éclatement de la “bulle chinoise” et une nouvelle concernant le prêt d’urgence pour sauver la Grèce? Pantoute.


Depuis le temps que je fréquente les studios de yoga de Montréal et d’ailleurs, j’en ai croisé tout plein, dans les vestiaires, de ces dames qui accrochaient leurs tailleurs pour se changer en collants Lululemon. Lors d’une retraite en Inde l’année dernière, j’ai rencontré une avocate new-yorkaise qui venait d’avoir été virée du grand bureau où elle bossait (aux dernières nouvelles, elle était reconvertie en… prof de yoga!). Pendant ce séjour, j’ai aussi sympathisé avec un représentant de produits informatiques de Toronto, me suis liée d’amitié avec un joueur de poker professionnel et observé la souplesse (et la dévotion!) d’une mannequin russe.


À Montréal, c’est la même chose. Les vendredis après-midis, je pratique à côté d’un punk tatoué jusqu’aux oreilles, qui ressemble à un serpent et nous sert toujours des quartiers d’ananas comme collation. Le yoga, c’est bon pour tout le monde. Même les punks et les golfeurs.


Un truc me dérange toutefois, avec cette histoire de yoga et de femmes d’affaires qui disent non au “modèle golf et cigare” parce qu’elles préfèrent réciter des mantras et se tenir sur la tête. L’aspect religieux de l’affaire, que l’on occulte aussi cavalièrement qu’un mégot écrasé dans un cendrier.


“Ce n’est pas religieux, c’est spirituel”, est l’argument préféré de ceux qui réclament l’abolition sur la place publique des symboles religieux hérités de leur propre tradition (ou de celles des nouveaux arrivants), mais revendiquent le droit d’ouvrir en paix (ou en réseaux) leur shakra frontal.


You say tomato, I say tomato. Désolée les amis, mais le yoga n’a pas été inventé dans un gym en Californie ou chez une secte ésotérique du Texas. Ses fondements sont absolument religieux (”not that there is anything wrong with that”, dirait Seinfeld.)


L’incroyable popularité du yoga n’est pas seulement attribuable à un désir d’être en forme ou de “faire avancer sa carrière” (et encore une fois, il n’y a rien de mal à ça.) Notre société qui a tourné le dos aux pratiques religieuses cherche un sens. La semaine dernière, le professeur Pierre Ouellet, directeur du colloque Sacrifiction: Profanation et sacralisation en arts et littérature, m’expliquait en entrevue que les symboles religieux faisaient en retour en force dans les manifestations artistiques.


Le monde des arts n’est jamais loin de celui des affaires, n’est-ce pas Isabelle ;-)

Et le golf dans tout ça? Une forme comme une autre de méditation. C’est pas moi qui le dis, c’est le directeur de l’ashram du Kérala où j’ai passé un mois. Sur ce, je vous dis Namaste et vous souhaite une bonne journée.

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